Je me souviens de mes premiers pas dans la « communauté ». Je me souviens de cet état euphorique, moi petite « ex_hétéro » !
Je me suis posée et en souriant j’ai pensé au passé, à ma bêtise !
FLASHBACK !
Voilà, je viens de quitter « l’homme de ma vie ». Je rencontre une fille qui ne veut pas s’engager avec moi car j’étais avec des hommes avant. « Tu es une bi, je suis sûre que tu retourneras avec les hommes, tu es trop « hétéro » »
La première question que j’aurais du me poser c’est :
« Ça veut dire quoi être « trop hétéro » ?
Mal entourée, mal conseillée, je me laisse embarquer dans « ce qu’une femme doit faire pour être acceptée en tant que lesbienne » !
Peu importe l’âge que l’on peut avoir lorsqu’on bascule du « coté sombre », 20-40 ou 99 ans (il n’y a pas d’âge pour aimer) on passe le cap du deuil de l’hétérosexualité, et plus on vieillit plus c’est choquant, plus c’est compliqué.
Effectivement, si dans le passé nous avons fait l’« erreur » de partager notre lit avec un homme, et que du jour au lendemain on se met à se retourner sur la jolie voisine de palier, il va falloir prouver au « ghetto lesbien » que nous sommes des « gouines comme les autres ».
Bref me voilà en mode « adolescente de 14 ans », car c’est bien connue ; basculer du monde hétéro au monde homo il nous faut tout « réapprendre » !
Rappelez-vous de vos quatorze ans :
Nous sommes bien souvent « youyou »,
Personne ne nous intéresse à part nous même,
Nous sommes influençables
Nous avons la stupide tendance à essayer de faire partie d’un groupe, peu importe ce que cela nous coûte et j’en passe…
Je reviens sur la première nana sur laquelle j’ai flashé, je me suis investie, je lui ai envoyé moult déclarations d’amour pour qu’elle m’envoie par mail un « je t’aime » rapide suivi d’un « nous deux ce n’est pas possible ».
Il va falloir que j’apprenne aussi qu’une femme c’est compliqué !
Je continue mon petit bonhomme de chemin, m’inscrit sur des sites, surf dans les salons lesbiens, drague comme une novice, bref la cata.
Je fais la bêtise de dire que la pénétration me procure du plaisir et que les sextoys ne me font pas peur. Elles m’envoient dans la tête que je n’aime pas les femmes pour « de vrai ».
La deuxième question que j’aurais dû me poser est
« Comment on fait pour aimer une femme pour de vrai ? »
Je lâche un « j’aime les filles masculines, elles me font un effet du tonnerre ». Les lesbiennes me disent qu’il faut que je retourne voir les mecs.
Puis je tombe sur ma première Butch. Et là je me retrouve confrontée à mes amis hétéros qui ne l’acceptent pas. Ils me disent qu’ils ne comprennent pas pourquoi j’ai quitté un homme pour me mettre avec une fille qui ressemble à un garçon.
N’oubliez pas, j’ai quatorze ans ! Je suis ballotée entre le monde homo et le monde hétéro. Petite guerre stupide et sans fin qui t’impose de choisir et de te dire ce que tu dois faire pour être en « paix avec toi-même » ! Je quitte la fille en question, de toute façon elle avait certains traits de caractère qui ne me correspondaient pas.
Me voilà de nouveau sur le marché de la drague.
Une boite homo dans ma région, youpi ! Je téléphone à une amie (hétéro) qui fait l’effort de m’accompagner pour s’entendre dire à l’entrée de la boite qu’il s’agit d’une soirée privée, que seuls les homos sont acceptés. J’ai beau dire que je suis lesbienne rien n’y fait !
Quelques mois plus tard, je rencontre une fille, plutôt androgyne qui deviendra ma meilleure amie. L’accès des boites ne m’est plus refusé. Je m’amuse comme une folle au milieu de toutes ces femmes qui ont la même sexualité que moi. Une s’approche et me demande ce que je fais dans cet endroit, elle me dit que c’est un endroit réservé aux lesbiennes. Zut ! Je n’ai donc pas la tête de l’emploi !
Je rentre chez moi, et je fais l’erreur de poster quelques photos. Les filles me disent que je suis trop féminine.
Troisième question que j’aurais du me poser :
Ça veut dire quoi être« trop féminine » ?
Soit, je me fais couper les cheveux. Deux heures chez le coiffeur à voir tomber mes longues mèches au sol. Je suis une lesbienne je suis fière et je veux que tout le monde le sache. Mes petits chemisiers et petites robes restent au placard, je ne sors qu’en jean et débardeur.
Je continue…
Je m’achète des bracelets arc en ciel, des colliers arc en ciel, des ceintures arc en ciel, sur ma chaine est suspendu un Vénus plus gros que le poing ! Je porte mon débardeur « god save the gouine » avec fierté et si je pouvais en plus m’accrocher des panneaux clignotants portant comme inscription « je suis une vrai lesbienne » ça serait le top ! Me voilà à arpenter les rues têtes hautes ! Pleine de militantisme à deux francs six sous !
Je rencontre une personne, je vis ma première histoire d’amour lesbienne. Youpi. Aussi ouverte que moi on se lâche dans nos rapports amoureux, faisons le tour des sex_shop à la recherche du meilleur gode ceinture (qu’elle portera bien évidemment avec fierté le gland pointé vers le ciel).
Nous voilà à discuter de sexualité avec des amies lesbiennes. Et là ! On s’entend dire des choses plus énormes les unes que les autres. Les lesbiennes doivent uniquement porter des gode ceinture rose, utiliser des sex-toys clignotants multicolores, et ne jamais regarder de films pornos version Dorcel ou Biroute. Zut ! Ma compagne et moi en sommes friandes ! Elle s’identifie aisément au réparateur de machine à laver et moi la petite blonde qui se fait prendre dans la buanderie ! Les films pornos lesbiens ne nous font pas tellement triper. Bref, Nous éviterons donc de trop donner notre point de vue par la suite.
Bref, je suis « ex-hétéro » et j’essaye d’être acceptée dans le milieu lesbien. Mon orientation sexuelle est sans cesse remise en question. Je sors de ma période « d’adolescente » !
Ma compagne aime les filles féminines (youpi) mes cheveux repoussent et je peux enfin ressortir mes petites robes et mes petits chemisiers. J’apprends à être de nouveau moi-même. Je peux dire que j’ai eu de la chance de tomber sur elle.
Nous allons dans les gay pride et le poing levé je hurle avec fierté mon homosexualité. Il parait qu’il faut crier, sinon personne ne nous entend. Pour le coup je n’ai qu’une chose à dire, ça ne fonctionne pas tout le temps comme on le voudrait.
Maman m’explique que je n’ai pas besoin de scander haut et fort le fait que je sois lesbienne pour être acceptée. Que ce n’est pas dans la provocation que les mentalités changeront. Ma compagne rejoint son avis, et j’apprends à être plus discrète. (Tant mieux)
Les années passent, j’évolue !
Les lesbiennes me sortent de plus en plus par les trous de nez. Je passe un cap ou je me dis que pour être « fun » il faut refuser toute forme de romantisme à deux balles. Je mets dans un gros carton mes dvd « moulin rouge », « dirty dancing », mon coffret des « oiseaux se cachent pour mourir », mes « Sissi impératrice ». Je dis que le romantisme c’est « has been » et que pour être dans le coup il faut aimer le sexe pure. Je pose mon carton dans la cave avec une grosse étiquette « DVD NIANIAN ». Les étiquettes ça se collent de partout mais elles laissent des traces lorsqu’on les enlève.
Les années passent.
Je me mets à craquer sur les trans, je n’écoute plus les gouines qui me traitent de bi ou qu’en sais-je, et je me mets à être de moins en moins fière de mon étiquette « lesbienne ».
Aujourd’hui,
Je suis allée faire un tour dans ma cave, je suis tombée sur le carton « NIANIAN » je l’ai pris et l’ai monté dans mon salon. J’ai sorti les dvd et me suis mise à les regarder les uns après les autres.
J’ai éclaté en sanglots lorsque Christian compose la chanson secrète et que Satine meurt dans Moulin rouge.
J’ai eu des frissons lorsque Johnny a dit au père de bébé qu’il ne faut pas la laisser dans son coin.
J’ai pleuré devant tout l’amour que se portaient le père Ralph de Bricassart et Meggie.
Et je te passe sur le reste.
Lorsqu’on me rencontre je ne mets plus mon orientation sexuelle en avant comme je le faisais avant, car je ne vois nullement l’intérêt de dire aux gens avec qui je couche. Disons que je ne me considère ni lesbienne, ni hétéro, ni bi !
Quant à toutes celles qui partent du principe que pour être une lesbienne
Il faut…
Et il ne faut pas…
Je leur dit qu’elles ont juste un petit peu tort de s’enfermer constamment dans une bulle. Que pour être acceptées demain il suffit juste de vivre normalement. Dire les choses avec le plus grand des naturels, et je vous assure, qu’on ne verra plus votre couple comme un couple de lesbiennes, mais comme un couple tout court. C’est bien notre but n’est-ce pas ?
Quant à celles qui refusent catégoriquement la présence masculine sous prétexte que(ue)…qu’elles cherchent la signification du mot « tolérance » dans le dico et qu’elles en prennent de la graine.
Sur ce…
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